L'ermitage du Toggenbach
L'origine de cette construction remonte probablement au XVe siècle, où elle devait servir de chalet de chasse à la noblesse locale et, en particulier, à Etienne de Bavière, Reichsvogt (avoué impérial) de Kaysersberg de 1445 à 1452. Il semblerait qu'en 1485 le terrain et la demeure devinrent propriété de la ville de Kaysersberg par acte de donation. L'ancienne maison de chasse se transforma en ermitage hébergeant un frère forestier, chargé également de la surveillance des forêts indivises de Kaysersberg, Kientzheim et Sigolsheim. Cet ermitage prit le nom de " ermitage du Toggenbach " en raison du petit cours d'eau tout proche qui emprunte la vallée en direction de Kaysersberg.
En 1507, le Frère (Bruder) du Toggenbach percevait deux aulnes de toile grise (1). Cette distribution se poursuivait tout au long du XVIe siècle. La toponymie actuelle a d'ailleurs conservé certains lieux-dits proches de l'ermitage : Bruderthal et Brudermatt. En 1516, la maison et les prés avaient été affermés au frère Léonard Hess moyennant une somme annuelle de deux florins. Cet argent devait servir au financement des travaux de l'église paroissiale (2). En 1556, les délégués des trois communautés exploitant le Dreitheilwald décidaient d'agrandir le Bruderhaus. Le frère Wuibald dut, la même année, se défendre de l'accusation d'avoir abusivement coupé des sapins de Noël (3).
Au début du XVIIe siècle, en 1607, Hans Reiss était accusé d'avoir enlevé de la terre dans l'enclos de l'ermitage. En 1609, le frère Munsche Weber figurait dans le censier de l'église Ste-Croix et était redevable d'une somme de neuf florins à la St-Jean et qui fut rabaissée à six. Un contentieux s'était élevé entre Kaysersberg et Riquewihr au sujet des forêts. Les délégués définissaient en 1617, les droits de pâturage réciproques au Toggenbach, ainsi que l'utilisation des abreuvoirs, sans oublier les droits du frère forestier dans les bois du secteur voisin. La dernière mention du Bruderhaus du Toggenbach date de 1661 ; où Hans Böhler était engagé comme ermite de forestier (4).
L'ermitage de Saint-Alexis
Nous retrouvons la nouvelle dénomination en 1671. Cette année là, la ville décidait de vendre les fruits provenant de Saint-Alexis. En 1697, Martin Bennetz, natif d'Omlet dans la seigneurie de Saeckingen et résidant au Limbach, demandait à être reçu comme ermite. Une commision municipale se rendit sur les lieux et donna son accord le 28 mai moyennant une redevance annuelle de dix thalers. Nous trouvons Jean-Jacques Prosler à St-Alexis en 1699. Il devait s'acquitter d'une somme de neuf livres par an. Le 9 septembre 1703, Jacob Ladner décédait à St-Alexis.
Au début du XVIIIe siècle, les ermites firent place aux fermiers. La ville octroyait le 30 octobre 1706 la ferme du Saint-Alexis à Hans Bihler pour une somme annuelle de 20 livres tournois et ceci pour une durée de six ans.
Un nouveau bail était signé le 14 décembre 1715 entre le magistrat et Bihler. La location comprenait la maison ou " cabane " de Saint-Alexis, y compris les jardins et les prés. Le bail devait débuter le 15 juin 1716. Jean Bihler s'engageait à construire une grange ou écurie et à planter six arbres fruitiers. Il devait en outre laisser pâturer le troupeau communal dans le secteur. Il pouvait de son côté faire pâturer trois bœufs ou vaches en allant jusqu'au Frenthal mais en les séprant du troupeau communal. La ville lui demandait un droit de 20 florins soit 33 livres par an. De cette somme, 20 livres allaient au receveur des revenus patrimoniaux, le reste était versé à l'architecte Baumester pour l'entretien de la chapelle (5).
Par la suite, la ferme de Saint-Alexis était affermée à la famille Haas et différents travaux étaient entrepris en 1727 et en 1738. Marc Haas décédait à Saint-Alexis en 1756, âgé de 88 ans. Jean Haas était adjudicataire de la propriété de 1733 à 1756 puis, en 1762, Antoine Schneider reprenait le bail pour 12 florins ou 29 livres par an. Il ne pouvait élever plus de 12 têtes de bétail et le pâturage se faisait autour de la ferme, sans dépasser le Frauenthal. Il semble qu'Antoine Schneider ait installé Joseph Bleu comme fermier. En 1775, Georges Brucker demeurant à Ursprung s'était rendu adjudiciataire pour une somme de 630 livres par an. La ville lui demandeit en 1777 de ne plus héberger d'étrangers sans autorisation et de participer aux corvées puisqu'il possédait quatre bœufs. Il fut empoisonné en 1779. En 1781, Joseph Bleu reprenait la ferme pour 550 livres. La ville engageait à la même époque d'importants travaux, la toiture ayant été sérieusement endommagée par de grands vents en 1784. Le charpentier François Sontag y travailla durant 35 jours. L'année suivante, en 1785, 15 troncs d'arbre étaient préparés pour la confection de tuyaux de fontaine destinés au captage de l'eau de source.
La ferme sous la Révolution et l'Empire
Joseph Bleu était à nouveau adjudicataire en 1790 pour 807 livres et, en 1798 pour 960 livres. La municipalité précisait que le fermier ne pouvait élever plus de 18 vaches et un cheval. Ils devaient paître autour de la propriété. Il était interdit d'avoir des moutons et des chèvres. Le fermier se plaignit par la suite de ne pouvoir nourrir qu'une dizaine de têtes de bétail car les bois voisins dépendaient des Eaux et Forêts et n'étaient plus accessibles.
Le 14 juillet 1802, Jean-Baptiste Colin, ex-commissiare du gouvernement et Charles Picquet, sous-inspecteur des forêts, procédaient à une expertise à la suite de ces plaintes. Le rapport concluait que les prés n'étaient plus suffisants pour autant de bétail et qu'à la suite du partage des forêts avec Kientzheim et Sigolsheim, le fermier était tenu à la seule jouissance des terrains composants la ferme. Il n'était plus possible d'utiliser une parcous en-dehors de cette enceinte. Les experts estimaient ainsi la quantitié de bêtes et la valeur de la ferme :
* Quatre vaches 200 francs
* Culture de seigle 50 francs
* Arbres fruitiers 15 francs
* Maison et jardins 60 francs
* Total 325 francs
Par conséquent, une réduction du prix du bail s'imposait. Dans la nuit du 8 au 9 janvier 1809, de violents vents avaient découvert la toiture de moitié.
La ville allait se défaire de la propriété au profit de Joseph Barthélémy, fabricant de toiles peintes à Alspach. Il en devenait acquéreur le 22 juillet 1813.
La ferme aux XIXe et XXe siècles
Un nouveau bail était signé le 22 août 1817 pour une durée de neuf ans entre Joseph Barthélémy et Michel et Louis Bleu, saliniers demeurant à Ursprung. Le loyer, chiffré à 560 francs par an, devait être versé à la St-Georges et à la St-Martin. Le locataire était obligé d'élever pour le compte du propriétaire, une génisse chaque année. Si ce dernier ne souhaitait pas de bétail, il recevait à la St-Martin un boisseau de pois et cent choux. Le 20 mai 1827, Michel Bleu et son épouse Anne-Marie Brucker achetaient la ferme de Saint-Alexis pour une somme de 8000 francs payable en dix termes (6). En 1828, la propriété s'étendait sur 9, 95 ares de jardin, 54,30 ares de terres cultivables et 4 ha 53 ares de prés. En 1840, il cédait la moitié de la maison à Joseph Brucker et en 1842, l'autre moitié. Vers 1850, la ferme appartenait à François-Xavier Bertrand, de Fréland, ainsi qu'à Jean-Pierre et Jean-Joseph Bertrand. La maison était vendue en 1887 à Aimé Maire de Kaysersberg qui la revendait le 19 février 1894 à la ville de Riquewihr pour 18500 Marks à l'exception de la chapelle qui était cédée, le 2 mars 1896, au conseil de fabrique de l'église catholique. Locataire de la propriété dès le début, la famille Barlier s'en rendait acquéreur en 1961.
La population de Saint-Alexis
Les premiers recensements de la population nous indiquent qu'en 1805, la ferme abritait 18 personnes. Par la suite, le nombre baissait considérablement pour atteindre, en 1851, huit personnes (famille Brucker). En 1856, le fermier Roth et sa famille comptaient cinq personnes.
La chapelle
Du temps de l'ermitage, la chapelle devait être de modeste dimension. Aimé Maire procéda à des travaux de restauration dès l'acquisition de la propriété et transforma le petit oratoire de coupe carré en chapelle surmontée d'un clocheton abritant une cloche. L'inauguration eut lieu le 10 aôut 1887. Aimé Maire dota également le conseil de fabrique de 1300 marks destinés aux travaux de la chapelle. La nouvelle chapelle fut bénie par le curé-douyen Kannengieser de Kaysersberg et la cloche par le curé Hindenbrand de Riquewihr. La messe fut célébrée par un neveu d'Aimé Maire, l'abbé Adolphe Vaudion, tandis que le curé Heinrich de Bennwihr assurait les diverses oraisons.
L'abbé Voegeli de Riquewihr restaura également le sanctuaire en 1935. Les derniers travaux furent exécuté en 1968.
Parmi le mobilier de la chapelle, retenons une Vierge à l'enfant du XIVe siècle ansi qu'une statue représentant la Vierge, datée du XVIIIe siècle. N'oublins pas quelques exvoto, du XIXe siècle. Mais la pièce maîtresse reste l'autel dédié à Saint-Alexis (vers 350-405 après J.C.). L'autel est baroque, mais le panneau central représentant la mort du saint est probablement dû à Georges Beringer de Lucerne et daté des années 1515.
Le culte de Saint-Alexis avait été introduit à Kaysersberg par le Reichsvogt (avoué impérial) Etienne de Bavière. Il avait prénommé l'un de ses fils Alexis. Ce dernier, reçu bourgeois de la ville de Lucerne en 1492, y avait développé un actif commerce des vins. Alexis de Bavière avait sûrement sypathisé avec Georges Beringer et le fit venir à Kaysersberg.
Précisons que les peintures du plafond sont l'oeuvre d'un artiste contemporain, Liechtenberger.
La chapelle était, au début du XXe siècle, l'occasion de pèlerinages. Les filles de l'école de Kaysersberg, accompagnée des soeurs et d'un vicaire se rendaient souvent à Saint-Alexis. Il en était de même pour les écoles de Fréland et d'Aubure. Les parossiens de Riquewihr venaient annuellement en procession.
De nos jours, les processions à Saint-Alexis appartiennent au passé et ont été remplacées par de nombreux randonneurs et promeneurs qui font de l'Auberge de Saint-Alexis une halte salutaire durant leur périple. Et pour les jeunes filles, pourquoi ne pas suivre l'ancienne coutume, qui voulait que l'on sonnât trois fos la cloche pour se marier dans l'année?
NOTES
1. Archives municipales de Kaysersberg BB 9 à BB 12.
2. Idem série BB 9.
3. Idem série DD 15.
4. Idem série CC 23.
5. Idem série DD 3.
6. Notoriat moderne de Kaysersberg conservé aux archives départementales du Haut-Rhin
